Rabelais au risque de la topique

  • Dominique Garand

Résumé

L'objectif de sérier l'ensemble des manifestations de la violence dans Pantagruel et Gargantua sera ici doublé par celui de cerner certaines questions théoriques et méthodologiques au sujet de la valeur opératoire des topoi. Le choix de Rabelais pourra paraître hasardeux : ses « chroniques » présentent en effet un caractère hétérogène (tant du point de vue de la forme que du contenu) fort éloigné du « romanesque » tel qu'il s'est fixé par la suite dans la tradition française. De plus, s'il existe une topique à l' œuvre dans le texte rabelaisien, il faudrait plutôt la chercher dans les corpus grec et latin, dans les récits populaires du Moyen Âge, dans l'épopée et la chanson de geste. Il y a donc quelque chose de paradoxal à faire de Rabelais l'un des « pères » du roman, à côté de Cervantès. Rabelais paraît signifiant davantage pour ce que la tradition littéraire n'a pas retenu de lui que pour la postérité de ce que son imagination s'est plue à inventer. J'utilise à dessein ce mot en rappelant le lien qui existe depuis l' Antiquité entre topique et inventio. Inventer, c'est créer sans doute, mais c'est avant tout re-créer, exhumer, repêcher des matériaux disponibles, légués par la tradition. Dès lors, le geste créateur prend place dans la faculté d'exploiter au maximum les ressources des topoi et de rendre ainsi à quelque chose de connu son caractère étonnant.

Publié-e
2016-08-18