De la Delie de Scève en Diotima rediuiua, ou l’image d’un mentor sans le son

  • Xavier Bonnier Université de Rouen-Normandie

Résumé

Mentor exceptionnel car femme, étrangère, et instruisant Socrate, Diotime constitue à la Renaissance une référence majeure pour réfléchir sur l’amour en rejouant le Banquet. Mais tout se complique lorsque Scève, après Castiglione et Speroni, campe Diotime en métaphore de l’Aimée dans Delie (1544) : la concurrence d’autres instances féminines, le caractère final de l’assimilation, l’ambiguïté structurelle du dizain, et le caractère silencieux d’un discours prétendument rédempteur, laissent apparaître une dimension ironique, car Diotime enseigne aussi bien à haïr qu’à aimer, et la spécificité retorse d’un discours qui préfère l’inscription à l’expression.

Made an exceptional mentor by her sex, her foreignness and her status as Socrates’ teacher, Diotima was a key figure of reference in Renaissance discussions about Love in revivals of Plato’s Symposium. The waters become muddied when Scève, following the examples of Castiglione and Speroni, uses the character of Diotima as a metaphor for the beloved woman in Delie (1544): the competition with other female characters, the finality of the metaphor, the ambiguous structure of the dizain, and the fact that the redeeming speech is absolutely silent combine to imply a certain irony, for here Diotima is supposed to teach Hatred as well as Love, and the mischievous side of a poetic composition that favours inscription over expression.

Publiée
2019-05-11